Where Gold Colt and Cross are the only Social Security (6/7)

par HDN Dalle  -  29 Octobre 2019, 06:41

Notes en bas de page

6 ) Destruction du narcisse premier 

Comment être heureux ici ? Comment s’aimer alors que dès que je/nous bouge.ons  je/nous participe.ons à ce monde ? De l’achat d’une boite de thon à un passer un appel téléphonique, je/nous fais.ons ce monde-là.

Ce système ne détruit pas seulement sols et cervelle: il détruit notre narcissisme premier, vitale pour l'existence. Il est au combien culpabilisant. A l'exemple des taxes sur le gazoil pour les voitures diesel alors que la moindre croisière pollue les océans bien plus que dix mille voitures de ce type.

Il nous fait rejeter "l'autre".

Il nous fait vivre dans des " propriétés " hautement sécurisée, désigne comme "chanceux " celui ou celle qui a un Contrat de travail à durée Indéterminée, il montre du doigt comme " priviligié.e"celui ou celle qui bénéficie d'une assurance, d'une retraitre .

Tout cela, alors que dans les paradis fiscaux caribéens ou autres, se multiplient les comptes off shore... 

Pire, comme l'écrit Fred Vargas dans " l'Humanité en péril", si "Nous", si nombreux, laissons faire " Eux", si peu, nous serons responsables, devant l'Humanité et son histoire universelle,  de l'état du monde et des peuples dans les vingt à trente ans... Il faudra des siècles pour voir s'améliorer les flux humains et climatiques...Les folies nazi, stalinienne, cambodgienne, additionnées ne sont rien comparées à ce qui se produit en ce moment même.  

 

Google m’a suivi et m’affiche des infos hollandaises ou américaines. Et le site commercial de réservation me demande déjà d’évaluer l’accueil qui m’a été fait à l’arrivée. Je ne ferai rien pour ce « resort » appartenant à une chaine internationale.

J’ai écrit un mot sur le site du tout petit hôtel du quartier, soulignant son bel accueil, soulignant la grande culture du propriétaire, indépendant, bossant quatorze heures par jour et avec qui j’ai échangé deux heures comme avec un ami sincère.

Je vais dormir, lire, nager un peu…. Dans deux semaines, avec l’équipe au complet, je repars sur les fleuves  et ça sera bien…Peut-être qu’ainsi j’achète ma tranquillité d’esprit…Non, je ne crois pas…J'essaie, avec des milliers d'autres, inconnus, anonymes, de faire bouger au moins localement les choses.

 

Je pense aux hommes esclaves des mines d’or. Je pense aux enfants des décharges africaines ou indiennes qui trient nos déchets numériques. Je pense à Maripasoula où le feu de la décharge intoxique l’air de ce bourg depuis plus d’un mois.

 

 

 

Je pense aux paroles d’une institutrice en maternelle, métropolitaine et expérimentée, rencontrée à Kourou où elle est venue faire visite à une amie.

Depuis deux ou trois ans, elle voit arriver des enfants qu’elle nomme « marionnettes » qui ne vont même plus jouer dans les coins de la classe , errant dans la classe , tournant autour des tables. Gavés d’écrans, dès bébés, ils n’ont même plus la capacité de prendre les objets, n’ayant pas encore l’usage de la pince des deux « doigts ».

Je pense à Tracy, institutrice elle aussi qui a du organiser une « école des parents » pour, m’a-t-elle dit « leur apprendre à être parents et à parler avec leur enfant ». Je pense au nombre grandissant de devoirs de fac qui sont de plus en plus des copier-coller, dépassant souvent les quatre-vingts pour cent.

Le sucre, le sel, le gras, ne dévastent pas que les forêts et les sols. Le sexe à outrance qui touche maintenant les gosses de moins de six ans , les images de violence et les écrans, Apple, Heineken et « The Avengers », Marvel film passant pour un chef d’œuvre, ont ravagé les cerveaux, les estimes de soi, les narcissisme premier….

Je/nous ne nous aimons pas quand je/nous nous retrouvons avec un produit de consommation se révélant inutile, la onziième version du smartphone dernière génération, ou se retrouvant affachi dans le sofa, esprit et corps rincés par une journée à trimer, se laissant happer par une émission TV à la con, se goifrant de glace, de chocolat, ou faisant défiler des pages de sites internet où rien ne s'apprend et tout se mate, les " q" comme les "yles grecques" vendant mes infos personnelles qui en savent plus sur ma vie sentimentale ou sexuelle que moi même, infos revendues dans la seconde à des multinationales. Honte de soi quand, dans la rue, nous avons rejeté le x ième migrant et sa main tendue...

Moi, je me sens sali par moi même, dépossédé, exproprié de mon essence intime, de mon estime fondamentale, ne sachant plus aimer, ne sachant plus être aimé. Je me désertifie autant que la terre...

Really, game is over for human being ? No, absoluty not

Suite et fin demain.

 

HDN Octobre 19 

 

Where Gold Colt and Cross are the only Social Security (6/7)

NOTES:

impossible de développer cette " destruction du narcissisme premier" mais je vous renvoie aux écrits de Bernard Stiegler et de sa fille Barbara qui ont publié deux ouvrages très éclairant:

Bernard S: " Aimer, s'aimer, nous  aimer" 2003;

Barbara S:  "Il faut s'adapter" , essai très intéressant basé sur les thèses de Walter Lippman,, qui serviront de bases au néo libéralisme... 

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dominique 31/10/2019 07:59

Merci pour ce texte puissant qui me renvoie aux questions de ma jeunesse punk... Qu'il n'y ait pas de futur, cela se confirme. Mais pourquoi face à la tentation du nihilisme, persiste cette responsabilité sur le monde que tu décris si bien. Est-ce le fruit d'un quelconque déterminisme culturel qui d'une certaine façon contribue à notre mélancolie? Et si c'était le cas? Faudrait-il pour autant dès lors que nous sommes en position d'éducateur, tourner le dos à cet idéal humaniste? Quelque chose nous retient au bord du gouffre de la déshumanisation, gouffre qui a quelque chose d'hypnotique. Aux lectures que tu nous proposes, je rajoute celle d'un jeune collègue philosophe, Sébastien Charbonnier: "Aimer s'apprend aussi". Dominique